Comment commencer son romanTemps de lecture estimé à 12 minutes

Il y a quelques semaines, je vous avais soumis un sondage sur les réseaux sociaux pour savoir ce qui était le plus difficile pour vous entre commencer et terminer son roman. Vous avez été une majorité à me répondre que le plus difficile était de terminer. Il aurait donc été logique que je commence par parler de comment terminer son roman, me direz-vous.

Oui, mais…

Dans les différents échanges que j’ai pu avoir avec vous, il s’est avéré que le problème était beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait. En effet, les difficultés que vous éprouvez pour arriver à la fin d’un récit sont tellement diverses que j’ai fini par opter pour une série de trois articles qui traiteraient de comment commencer son roman, comment surmonter le syndrome du milieu et, enfin, comment terminer son roman. Ce qui me semble assez logique, au final.

Dans cet article, j’aborderai le thème du début de l’écriture d’après les deux formes du problème que j’ai croisées, c’est-à-dire :

  • Par quoi commencer un roman quand c’est le premier qu’on écrit ?
  • Comment passer de la préparation à la rédaction ?

Commencer à écrire

La première difficulté à surmonter lorsque l’on est un-e écrivain-e débutant-e, c’est de connaître sa nature d’écrivain-e. C’est-à-dire de savoir si on est davantage scriptural-e (jardinier ou jardinière) ou structural-e (architecte), si les plans et les fiches nous rebutent ou si, au contraire, on en a besoin. Malheureusement, je ne connais pas de recette miracle pour que vous puissiez le savoir avant de vous lancer dans l’écriture. La seule chose que je peux vous conseiller est de vous lancer et de tester différentes manières de faire. Il n’y a que la pratique qui pourra vous révéler votre nature.

Cependant, dans tous les cas, un minimum de préparation est nécessaire avant de se lancer dans l’écriture. Il vous faut commencer par :

  1. Poser vos idées, les mettre sur papier afin de pouvoir avoir une vision claire de ce que vous avez d’écrire.
  2. Les ordonner et faire le tri car toutes les idées ne sont pas bonnes à garder : certaines ne colleront pas au reste de votre projet, d’autres seront des impasses. J’aime bien comparer cette étape à une grande boîte dans laquelle se trouvent les pièces de plusieurs puzzles et c’est à vous de les trier pour reconstituer les différents puzzles.
  3. Faire des fiches et des plans dont la précision et le nombre dépendront de vos besoins et de votre nature. Pour ce faire, n’oubliez pas les fiches de travail disponibles sur ma boutique. Elles sont parfaitement adaptées à la préparation d’un roman.
  4. Tester différentes méthodes de construction de l’intrigue.

Une fois que vous aurez rempli toutes ces étapes, vous pourrez passer à la suivante, la rédaction. Et peut-être que ce que je vais vous dire ci-dessous vous concernera aussi. Bien que je ne vous le souhaite pas.


Passer de la préparation à la rédaction

Le passage de la préparation à la rédaction est souvent un passage délicat. D’une part parce que cela demande de changer d’état d’esprit (il faut passer du mode écriture documentaire à celui de écriture littéraire), d’autre part, parce qu’on ne sait pas toujours par quoi commencer, quel incipit choisir, quelle fonction donner à ses premiers mots.

Le tout premier conseil que je veux vous donner est de vous souvenir que ce que vous vous apprêtez à écrire n’est que votre premier jet, votre brouillon de roman. De ce fait, comme tous les brouillons, vous devrez le mettre au propre quand vous aurez fini. Dès lors, vous aurez la possibilité de le réécrire, voire de le changer plus tard s’il ne vous plaît pas.

Vos premiers mots n’ont donc aucun besoin d’être parfaits et encore moins utiles. Vous pourriez très bien décider par la suite de le modifier de fond en comble, voire de le supprimer pour en écrire un nouveau. Mais qu’importe ? Ce qui est primordial, c’est que vous ayez de la matière à travailler. Et ça, vous n’en aurez qu’en écrivant votre livre.

Si vous vous rendez compte que votre scène d’ouverture est bateau, que la suite n’est pas cohérente, que le rythme est inégal… ce n’est pas grave puisque vous le corrigerez pas la suite.

Rappelez-vous que lorsque l’on écrit une dissertation, on finit toujours par l’introduction. Il en va de même pour les romans : vos premiers mots ne sont là que pour vous mettre sur les rails, pour que vous ayez un début de quelque chose. Ce ne sera qu’à la fin que vous reprendrez cette introduction, puisque ce ne sera qu’une fois votre roman fini que vous aurez une vue globale qui vous permettra de savoir exactement de quel incipit votre roman a besoin.

En résumé : posez vos premiers mots et faites-vous confiance, avancez sans vous poser de questions. Vous aurez tout le temps nécessaire pour tout reprendre plus tard. Il est primordial que vous réussissiez à lâcher prise à ce moment de la rédaction.

La deuxième chose qui est beaucoup revenue dans vos commentaires, c’est le trop-plein d’idées.

Vous vous mettez à écrire et les idées continuent ou recommencent à affluer, ce qui vous oblige à reprendre tout ou partie de votre projet. Selon moi, il y quatre raisons principale pour lesquelles ça arrive.

1. Le manque de préparation

Il y a plusieurs cas de figure :

  • Votre plan n’est pas suffisamment précis : comme aucune idée n’est réellement fixée, il y a encore une possibilité pour les nouvelles idées de pouvoir s’immiscer.
  • Vous n’avez pas suffisamment laisser décanter vos idées. Il est toujours préférable de se laisser un (petit) temps de repos après avoir terminé la préparation de son roman. Cela permet de s’assurer que l’on n’a rien oublié et que nos idées tiennent la route.
  • On veut absolument incorporer toutes nos idées dans ce roman alors qu’on pourrait en écrire dix avec toutes les idées qu’on a. Il faut savoir qu’un roman n’est jamais terminé. On peut toujours y ajouter des choses, en modifier ou en supprimer à l’infini… Pourtant, il y a un moment où il faut taper du poing sur la table pour dire stop et passer à l’étape suivante.

2. La préparation à outrance

Cela peut paraître paradoxal avec ce que j’ai dit plus tôt, mais avoir trop cadenassé son plan peut aussi être un motif qui vous empêche de commencer à écrire. Cela peut vous apeurer de ne pas savoir tenir ce plan ou parce que, inconsciemment, vous vous sentez emprisonné-e dans ce plan.

Dans ce cas, la meilleure chose à faire est de préparer votre roman différemment. Au lieu d’établir un plan complet et immuable, faites un plan à trous, ne marquez, succinctement, que les grandes étapes de votre histoire et ne remplissez pas le reste, laissez venir le reste à la rédaction.

Il y a également le plan sous forme de l’arborescence des possibles, c’est-à-dire que vous faites plusieurs plans pour une même histoire en envisageant plusieurs déroulements de l’intrigue que vous choisirez au fur et à mesure que vous avancerez dans la rédaction.

Enfin, la dernière manière, construisez votre intrigue au fur et à mesure que vous écrivez votre histoire.

3. L’obstination à vouloir commencer par le début

Il faut savoir qu’aucune loi ne vous impose de commencer la rédaction de votre roman par le début, surtout si ce n’est pas le passage qui vous inspire le plus.

Vous pouvez parfaitement débuter l’écriture de votre roman par la scène qui vous parle le plus en vous rappelant qu’elle n’est pas gravée dans le marbre. Plus tard, vous aurez toujours la possibilité de la déplacer à un autre endroit de votre intrigue (voire dans un autre tome de votre série si vous en écrivez une), de la réécrire et même de la supprimer.

4. La peur de ne pas y arriver

La dernière chose dont vous m’avez parlé, c’est la peur de ne pas réussir à écrire votre roman jusqu’au bout, alors vous ne vous lancez pas. C’est bien connu : si on n’essaie pas, on n’échoue pas.

Mais si on n’essaie pas, on ne réussit pas non plus.

L’écriture est un art qui demande, entre autres, de la préparation (un minimum du moins) et de la persévérance, et ce, quelle que soit notre nature d’écrivain-e. Si vous avez suffisamment préparé votre roman (ce que vous aviez besoin de préparer, tout du moins) et que vous vous sentez motivé-e, voire investi-e par votre histoire et vos personnages, il n’y a pas de raison que vous n’y arriviez pas.

Cette peur de ne pas finir vient souvent du fait qu’on conçoit l’écriture d’un livre comme un énorme bloc à traiter en une seule fois, une sorte de montagne qui nous semble infranchissable. Pourtant un roman n’est pas si différent d’une montagne et il y a des personnes qui arrivent à grimper jusqu’au sommet de ces montagnes. Elles y arrivent en avançant un pas après l’autre. Un roman s’écrit exactement de la même manière : un mot après l’autre. Ne concevez pas votre histoire comme une grosse tâche à effectuer en une seule fois, mais comme un assemblage de plein de petites tâches. Vous pouvez ainsi tenir un journal d’écriture où vous décomposerez votre roman en chapitres, en étapes ou en scènes et vous verrez que cela vous paraîtra tout de suite beaucoup moins impressionnant.

Personnellement, je préfère le découper en unité de temps et de mots. Je me fixe un calendrier prévisionnel en commençant par me fixer un objectif de mots à atteindre (dans mon cas, je vise toujours 80 000 mots, même si je sais que je les dépasse toujours), puis un nombre de mots minimum à écrire par session d’écriture (500 mots, alors que ma vitesse moyenne est de 800 mots par heure, mais il m’arrive d’avoir des coups de mou où je ne parviens pas à 500 mots ou difficilement). Je sais donc qu’il me faudra 160 sessions d’une heure pour écrire mon roman. Comme j’écris du lundi au vendredi, un rapide calcul me dit qu’il me faudra 32 semaines pour écrire mon roman, soit à peu près 7 mois. Ça devient tout de suite beaucoup moins impressionnant dès que c’est quantifié de la sorte, non ?

En gestion de projet, lorsque l’on se fixe des objectifs, la première règle est qu’il faut que ces objectifs soient quantifiables. Écrire un roman n’est pas très différent de la réalisation d’un projet, il est donc important de quantifier son roman, même si on sait que ce que l’on mettra ne sera pas respecté, au moins on a un but clair et défini et on n’a pas l’impression d’avancer à tâtons dans le brouillard. C’est très important pour ne pas se décourager.

Quel incipit choisir ?

Plus tôt, je vous parlais de l’incipit. Mais qu’est-ce donc ?

Selon les définitions, l’incipit peut autant désigner la première phrase du roman, que le premier paragraphe ou encore le premier chapitre si ce dernier est court. Ces premiers mots que vos lecteurs et vos lectrices rencontreront ont plusieurs fonctions :

  • annoncer le récit qui va suivre en présentant le genre, le narrateur ou le point de vue, le ton de la narration, etc.
  • attiser la curiosité du lecteur ou de la lectrice
  • présenter l’univers du récit (le cadre spatio-temporel, les personnages…)
  • installer le contexte de l’histoire (arrivée soudaine ou progressive d’un événement, expliquer les enjeux…)

Vous disposez de plusieurs manières de commencer votre récit :

  • l’incipit statique décrit le décor, le cadre, l’époque, le personnage principal… Il ne sert qu’à informer. Il n’y a pas d’action.
  • l’incipit progressif donne des informations au compte-goutte et ne répond pas à toutes les questions relatives à la présentation de l’univers.
  • l’incipit dynamique ou, in medias res, plonge directement le lecteur dans l’action, en ne donnant que des indications succinctes relatives au cadre du récit.
  • l’incipit suspensif tourne autour du pot. Il ne donne aucune information, ou très peu, et ne relate aucune action. Il sert à dérouter le lectorat. Il peut s’agir d’une plongée dans les réflexions du narrateur ou du personnage principal, par exemple.

Voici un tableau comparatif pour que vous puissiez vous faire une meilleure idée des différents types d’incipit :


dramatisation immédiate dramatisation retardée
saturation informative incipit progressif
Émile Zola : Germinal
« Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. »
incipit statique
Honoré de Balzac : Le Père Goriot
« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le Quartier latin et le faubourg Saint-Marceau. »
raréfaction informative incipit dynamique
André Gide : Les Faux-Monnayeurs
« ‘C’est le moment de croire que j’entends des pas dans le corridor’, se dit Bernard. Il releva la tête et prêta l’oreille. Mais non : son père et son frère aîné étaient retenus au Palais ; sa mère en visite ; sa sœur à un concert ; et quant au puîné, le petit Caloub, une pension le bouclait au sortir du lycée chaque jour. »
incipit suspensif
Beckett : L’Innommable
« Où maintenant ? Quand maintenant ? Qui maintenant ? Sans me le demander. Dire je. Sans le penser. Appeler cela des questions, des hypothèses. Aller de l’avant, appeler ça aller, appeler ça de l’avant. Se peut-il qu’un jour, premier pas va, j’y sois simplement resté, où, au lieu de sortir, selon une vieille habitude, passer jour et nuit aussi loin que possible de chez moi, ce n’était pas loin. Cela a pu commencer ainsi. Je ne me poserai plus de question. »

Le début de votre nouvelle ne doit pas nécessairement correspondre à votre situation initiale. Vous pouvez très bien commencer votre récit par l’élément déclencheur et incorporer des flashbacks ou faire raconter la situation initiale par l’un de vos personnages un peu plus tard. Veillez toutefois à ne pas l’exposer trop tard. Vous pouvez aussi distiller les informations au fil du récit afin de faire planer une sorte de mystère au-dessus de votre personnage principal, par exemple.

Note : ce passage à propos de l’incipit est issu de mon guide Écrire une nouvelle en 7 jours.

J’espère que cet article vous aura aidé si vous ne saviez pas par où commencer votre roman.

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